Comment choisir une seule soirée pour vous illustrer les effets dévastateurs de l’alcool?
J’ai tellement d’exemples en tête que je ne sais par où commencer. Je vais donc choisir une soirée « typique » qui peut tout à fait bien commencer et se terminer de façon catastrophique.
Comme vous avez pu le lire dans mes témoignages précédents, la consommation d’alcool en semaine commençait uniquement le soir dès qu’il rentrait du travail. A peine quelques minutes s’écoulaient entre le passage de la porte d’entrée et le passage de cette foutue porte de garage… Même pas quelques minutes ensemble pour nous expliquer notre journée. La priorité n’était pas là, la priorité était de décompresser… « J’ai eu une dure journée, j’ai besoin de souffler, je te rejoins dans 5 min ». Oui mon chéri, comme tous les jours, tu as eu une dure journée, moi aussi mais bon, là non plus ce n’est pas la priorité.
Le temps passe, toujours personne à la maison. J’attends devant la tv, devant SON programme TV habituel bien qu’il ne soit pas là mais attention il ne faut surtout pas changer même si le programme ne me convient pas du tout mais je suis chez lui donc je n’ai rien à dire.
Au bout d’un moment il faut bien se décider à faire à manger. Viens donc le temps d’aller le voir dans son cher garage, enfumé, assis non pas par terre mais sur l’ancien panier de son chien, avec un carton en guise de table basse pour faire ses cigarettes. « T’inquiètes pas, j’arrive, je fume une clope et j’arrive. Si tu peux préparer à manger stp j’ai faim j’ai pas mangé ce midi, j’ai dormi dans ma voiture. Et tu peux ouvrir une bouteille de bière en attendant stp ». Ca aussi comme d’habitude…

Je prends donc la peine de préparer un bon petit plat pour tous les deux. Toujours personne à l’horizon. J’ai oublié de préciser que à travers le brouillard du garage j’ai quand même bien vu les canettes vides qui commençaient à s’accumuler. Je prends une bouteille de 75cl, deux verres et j’installe la table du salon pour nous deux, même si je sais déjà qu’un des couverts ne servira pas.
Ah tiens une petite visite, le temps de boire un verre, regarder 5 min de sa série et repartir fumer une cigarette et se faire un petit doublon ni vu ni connu…
Bon aller je vais aller fumer une clope aussi du coup histoire de le voir un peu parce que là je n’ai pas encore vu mon homme de la journée. Et là déjà à peine franchi la porte, je vois bien que ce n’est plu la même personne en face de moi. Le regard a changé, la gestuelle a changé, le ton de voix a changé. Les gestes sont plus lents, les mots ont plus de mal à sortir, il rit comme un gosse pour rien du tout, même le fait qu’il n’arrive pas à parler le fait rire. Un enfant qui rigole de ses propres bêtises.
Je lui demande de me parler de sa journée. Heureusement que j’ai travaillé dans la même boite que lui, ce qui me permet de suivre la « conversation » et le comprendre car lui est déjà dans son monde. Il parle comme si je n’étais pas là. Il commence par une chose et enchaine sur une autre sans forcément de lien. Et ses musiques qu’il écoute en même temps, toujours, toujours, toujours les mêmes. A tel point que je ne peux absolument plus écouter certains chanteurs ou entendre certaines musiques car je le vois lui complètement à l’ouest, complètement absent et moi, seule face à lui, ne pouvant rien faire. Alors pour faire baisser l’angoisse et l’énervement qui monte en moi, je bois…
Les aiguilles continuent de tourner sur l’horloge mais pour lui le temps semble tourner au ralenti. Après un demi pack de bière forcement l’estomac est rempli et ce que j’avais prévu arrive : « J’ai pas faim, vas y mange sans moi, je mangerais plus tard ». Plus tard? Il est déjà 23h en général. Moi j’en ai juste ras le bol et j’ai envie de me coucher en fait. Et je me suis quand même cassé la tête pour faire à manger, pour rien comme toujours.
Je mange seule, ou je ne mange pas, ça dépend de mon niveau d’énervement et de mon niveau d’alcoolémie aussi car oui la bière ça remplit l’estomac et le sucre ça coupe la faim.
Je ne cherche plus à aller le voir, je vais me coucher mais encore une fois en regardant le programme TV qu’il a choisi et qu’il m’a dit de mettre. J’aime, j’aime pas, la question n’est pas posée et je ne dis rien car vu son état ça ne sert strictement à rien.
Certain soir j’arrive à en rester là et attendre 1h du matin qu’il vienne se coucher tout en titubant. Lui s’allonge et s’endort dans la minute. Moi je suis sur les nerfs donc le sommeil vient beaucoup plus difficilement.
« t’es complètement cinglée »
D’autres soirs par contre c’est plus fort que moi, la fatigue faisant je pense, et l’alcool aussi, je vais le chercher au garage et lui dit tout ce que j’ai sur le cœur. Forcément la diplomatie n’y est pas et ça tourne forcément mal. La chance que j’ai eu c’est qu’il était tellement alcoolisé que je n’avais qu’à le pousser pour qu’il tombe. Oui ça n’est déjà arriver de le pousser pour lui montrer à quel stade il en était mais ça ne faisait que rajouter de la colère et à défaut de pouvoir me faire du mal physiquement, c’était la méchanceté verbale qui était de rigueur : « t’es complètement cinglée », « espèce de psychopathe », « faut de faire soigner t’es complètement folle ». J’en passe et je pense que mon cerveau en a oublié une bonne partie. Comment s’endormir après tout ça? Aucun problème pour lui visiblement.
Puis viens 3-4h du matin, l’alcool redescend un peu et son estomac se réveille. Qu’à cela ne tienne, sa petite femme a préparé à manger donc hop, on se lève, on prend son assiette, ses couverts et on fait réchauffer une bonne assiette au micro-onde. Là encore il oublie quelque peu qu’il n’est pas seul car niveau discrétion c’est complètement raté.
Et le lendemain il faut aller bosser, avec tout ça en tête, les yeux encore gonflés des larmes qui ont coulé une bonne partie de la soirée et de la nuit. Viens la pause du midi et il m’appelle comme si rien n’était. « Pourquoi ça va pas? Qu’est ce que t’as encore? Oh c’est bon j’ai rien fait de mal tu dramatises toujours ». Oui peut être, je ne sais pas, je ne sais plus. Peut-être que oui c’est moi qui ait mal réagi. Dans ce cas je m’excuse, j’aurais pas du m’énerver… Et on continue notre journée, lui l’esprit tranquille et moi en me demandant comment ca va se passer ce soir…
Une réflexion sur « Récit d’une soirée parmi tant d’autres »